La gauche n'en a pas fini avec ses vieux démons

Publié le par Fédération UMP du Pas de Calais

Article publié dans La Provence le 25 août 2013

Manuel Valls a récemment évoqué la question du regroupement familial. Estimez-vous qu'il faille le remettre en cause ?
Dès l'élection de François Hollande, des signaux laxistes ont été envoyés en matière d'immigration. Il faut absolument refonder totalement la politique d'immigration. Notre approche doit être celle d'une immigration choisie, en phase avec les besoins de notre économie et les capacités d'intégration de notre pays. Dans cette optique, le regroupement familial doit être beaucoup plus encadré. 

Immigration choisie, cela signifierait sélection à l'entrée du territoire ?
Oui, à l'image de grandes démocraties comme l'Allemagne, les États-Unis ou la Grande-Bretagne. Il faut que ceux qui immigrent dans notre pays s'assimilent et réussissent leur intégration. Cela nécessite quatre conditions qui doivent faire l'objet d'un examen : une véritable volonté d'adhérer aux valeurs de la France, la maîtrise de la langue française, une qualification qui corresponde aux besoins de notre économie et la capacité de subvenir à ses besoins par un travail, sans compter sur des allocations. Ma position n'a rien à voir avec une quelconque xénophobie. L'objectif, c'est comment faire en sorte que l'arrivée d'une personne étrangère en France soit une réussite pour elle et pour notre pays.

Manuel Valls a également abordé récemment la question de l'islam et sa compatibilité avec la République en France. Vous avez vous-même eu des interrogations à ce sujet...
L'immense majorité des musulmans de France respecte les valeurs de la République et rejette l'extrémisme. Mon engagement est contre l'intégrisme et l'extrémisme. C'est dans ce cadre que j'ai fait voter la loi d'interdiction de la burqa et que j'ai dénoncé, à de nombreuses reprises, des comportements d'intolérance et de violence qui n'avaient rien à voir avec le message des religions et encore moins avec les valeurs de notre pays. Je n'ai pas changé de ligne. La laïcité, c'est la liberté d'exercer son culte en respectant les autres cultes et les lois de la République. La question de l'organisation de l'islam de France doit être vue selon ceseul critère.

Quand vous dénoncez les extrémismes et les intégrismes, y incluez-vous les intégrismes catholique et juif, qu'on a pu voir se manifester contre le mariage pour tous ?
Les personnes qui ont manifesté en masse contre la loi Taubira l'ont fait dans un esprit pacifique et respectueux. J'ai dénoncé les rares débordements et ils ont été sanctionnés normalement. Mais comme beaucoup de Français, j'ai été choqué du zèle du ministre de l'Intérieur face à des familles, pour le coup inoffensives. Un manifestant a même fait de la prison ferme alors que, dans le même temps, des voyous qui avaient attaquéun train de banlieue étaient relâchés avec un simple rappel à loi. Ceci dit, je condamne tous les comportements extrêmes qui conduisent à l'intolérance, alors que les valeurs de la France sont celles de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.

Vous dites être prêt à exclure tous les élus UMP qui seraient tentés de conclure un accord avec le Front national. Par exemple, l'ancien député et maire des Saintes-Maries-de-la-Mer, Roland Chassain ?
Il n'y aura jamais d'accord électoral entre l'UMP et le FN et tous ceux qui seraient tentés seront exclus. Roland Chassain le sait : s'il devait formaliser ses prises de positions vis-à-vis du Front national, il serait immédiatement exclu. Je le lui ai écrit. Pour autant, l'UMP ne doit pas avoir un discours tiède sur les sujets qui préoccupent les Français. Il faut - et c'est la différence avec le FN - avoir le courage d'apporter des réponses et de les mettre en oeuvre.

Jadis, le service militaire obligatoire permettait à tous les jeunes Français d'entrer en contact avec les valeurs de la République. Regrettez-vous sa disparition ?
J'avais proposé il y a 3 ans, avec mon club Génération France, qu'on mette en place un service civique. Volontaire dans un premier temps, obligatoire dans un second, pour tous les jeunes, garçons et filles, qui consacreraient un temps de leur vie à l'intérêt général, avec un encadrement militaire ou civil selon les circonstances. Cette proposition avait été très critiquée, mais je pense toujours qu'on n'y échappera pas, parce qu'effectivement, c'est un moyen réel de mixité sociale, de brassage, voire d'intégration et la façon de recréer un lien fort avec l'idée de Nation, en faisant confiance à la jeunesse.

Dans la polémique qui a opposé cette semaine Manuel Valls et Christiane Taubira sur les questions de sécurité et de justice, vous vous sentez plus proche du ministre de l'Intérieur ou de la garde des Sceaux ?

C'est une question qu'il faut poser à François Hollande. Il est le président de la République. C'est à lui d'assumer et de trancher cette querelle entre Manuel Valls et Christiane Taubira qui ont offert un spectacle lamentable aux Français. La seule vraie question, c'est : quelle politique pénale veut François Hollande ? Ce qui ressort pour l'instant de la volonté du gouvernement, c'est la réduction du nombre de places de prison et la suppression d'un certain nombre de lois qui concourent à la sécurité publique, en particulier les peines planchers et la rétention de sûreté.

Concernant l'insécurité, Marseille est en ce moment très en vue. Le maire de Marseille a été mis en cause par Manuel Valls et Harlem Désir. Est-ce que, de votre point de vue, il a tout fait pour lutter contre l'insécurité dans sa ville, notamment en matière de police municipale ?
Je suis scandalisé par ce procédé. Manuel Valls et tout le gouvernement ont recours à une grosse ficelle pour mener une campagne municipale en attaquant un maire sur une compétence, la sécurité, qui relève pourtant d'abord de l'État. Que l'on m'explique ainsi pourquoi Jean-Claude Gaudin serait le seul responsable de la délinquance à Marseille, alors que Bertrand Delanoë ne serait pas responsable de l'explosion de la délinquance à Paris ?

Manuel Valls est populaire, ses bons sondages le montrent...
Je crois surtout qu'il bénéficie, par le jeu des vases communicants, des fragilités qu'on a pu constater chez ses collègues. Depuis 15 mois, la délinquance s'est remise à augmenter de façon très forte. En réalité, malgré les déclarations de Manuel Valls, la gauche n'en a pas fini avec ses vieux démons.

Aux municipales, vous espérez une vague bleue. Dans quelles villes ?
Je ne ferai pas de pronostic. Les conditions sont réunies pour qu'il y ait un succès aux municipales. L'UMP s'est remise en ordre de marche, notamment avec le vote des militants du 30 juin, qui a conforté l'équipe que je dirige. Nous avons déjà investi 85 % de nos candidats dans les villes de plus de 30 000 habitants. Après cette malheureuse décision d'annulation du compte de campagne de Nicolas Sarkozy, nous avons organisé une collecte qui a permis de recueillir plus de 10 millions d'euros en six semaines et de susciter 45 000 adhésions. Aujourd'hui, nous sommes un parti de référence qui rassemble toutes les sensibilités de la droite et du centre. Je souhaite que demain, l'UMP soit le parti de tous les Français, qu'il rassemble toutes celles et ceux qui ont envie de sanctionner la gauche et de préparer l'avenir. De ce point de vue, les municipales sont un vrai rendez-vous politique. Si l'on veut obliger François Hollande à changer de politique, il faut lui infliger un désaveu massif aux municipales. Il faut voter pour l'UMP, pas pour le FN. Parce que ce sont des voix en moins pour l'UMP, donc une aide à la gauche.

En cas de retour au pouvoir, vous proposez de gouverner la France par ordonnances, comme le général de Gaulle en 1958. Nous ne sommes tout de même pas dans la même situation...
Certes, mais il y a néanmoins quelques similitudes. Notamment dans la personnalité du président de la République, qui me semble plus modelé pour gouverner sous la IVe république que sous la Ve, à l'image de ce que fut Guy Mollet. Mon sentiment est que nous aurons besoin de prendre des décisions fortes, qu'il y a un déficit important de confiance à l'égard des hommes politiques et de leur capacité à prendre ces décisions. À mon sens, la campagne présidentielle doit servir à débattre avec eux d'un certain nombre de questions. Ensuite, nous consacrerions les six premiers mois à gouverner avec des ordonnances directement inspirées par le résultat de ces débats. Les Français sont étouffés par la politique conduite actuellement. Il y aura, dans 4 ans, une aspiration très forte à recouvrer la liberté. Principalement dans trois domaines : la liberté de créer, d'entreprendre, de réussir, d'échouer... Pour cela, il conviendra de baisser massivement les impôts, les charges, les réglementations, pour libérer les énergies. Ensuite, liberté de la parole, en sortant du politiquement correct. Enfin, liberté d'aller et venir et d'avoir un bien sans peur, en clair, la sécurité.

En cas de retour aux affaires, vous proposez de baisser immédiatement les dépenses de l'État de 10 %, soit 130 milliards d'euros. Dans votre esprit, comment réalise-t-on ces économies ? Très concrètement, qu'est-ce qu'on supprime en termes de structures et d'emplois publics ?
Ces économies concerneraient l'ensemble de la sphère publique, c'est-à-dire l'État, les collectivités territoriales et la sécurité sociale. J'ai esquissé quelques pistes, comme la réorganisation de la fonction publique, la fusion des départements et des régions, la réorganisation de l'Éducation nationale, la convergence des tarifs entre hôpitaux publics et cliniques privées, l'alignement progressif du régime de retraite des fonctionnaires sur celui du privé, le non-remplacement d'un fonctionnaire sur trois qui part à la retraite, hors fonctions régaliennes, et l'extension de ce principe aux collectivités locales... Un travail mécanique de réduction des dépenses qu'avait entrepris Nicolas Sarkozy et qui a été brutalement interrompu par François Hollande.

Quand on vous entend, on se dit que Nicolas Sarkozy était un grand mollasson...
Absolument pas ! Qui peut penser cela au regard des réformes courageuses portées par Nicolas Sarkozy dans un contexte, je le rappelle, d'une crise d'une extrême violence ?

Dans la foulée de l'élection présidentielle, vous vous étiez montré plutôt hostile à ce que certains appellent le "droit d'inventaire" du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Pourquoi semblez-vous plus enclin aujourd'hui à procéder à cet examen rétroactif ?
Je n'aime pas ce mot d'inventaire. J'ai entendu, de façon parfois assez stupéfiante, un certain nombre d'anciens ministres utiliser ce terme, alors même qu'ils étaient en charge dans le quinquennat précédent, l'un d'eux allant même jusqu'à parler de "réformettes". Je récuse ces mots. Mais l'idée d'une évaluation a du sens, non pas pour réécrire l'histoire, mais pour préparer l'avenir. Si j'étais réticent à le faire après les élections de 2012, c'est que nous étions dans une phase de réorganisation, avec une élection interne qui a débouché sur cette crise affreuse. Il était impossible, dans cette période, de faire un travail serein. Depuis le 30 juin, les conditions sont réunies. J'y ai mis deux règles : que ce ne soit pas le procès de Nicolas Sarkozy et de François Fillon qui ont gouverné le pays pendant 5 ans et que cette réflexion serve exclusivement à préparer l'avenir.

Interview réalisée par Olivier Mazerolle et Hervé Vaudoit

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