Plan Ayrault et rapport Gallois : il n'y aura ni choc de compétitivité, ni choc de confiance

Publié le par ump62

 portrait DF
L'audition de Louis Gallois cet après-midi à l'Assemblée Nationale appelle plusieurs remarques :

1. Le rapport valide, à posteriori, les politiques que nous avons menées ces dernières années : crédit-impôt recherche, pôles de compétitivité, mesures Dutreil sur la transmission d'entreprises, réforme de la taxe professionnelle, priorité donnée à l'alternance, commissariat général à l'investissement, réforme des universités, TVA anti-délocalisation... Une politique qui a commencé à porter ses fruits puisque l'emploi industriel a été stabilisé et a même légèrement augmenté en 2011.

2. Ce rapport a l'immense mérite d'avoir enfin ouvert les yeux du gouvernement et de la majorité sur les questions de la compétitivité et du coût du travail. Il aura fallu Louis Gallois pour que François Hollande ne nie plus la crise et la nécessité d'une politique de l'offre ! Quel revirement quand on se rappelle qu'il y a peu de temps encore, le seul programme socialiste était de remettre en cause la TVA anti-délocalisation !

3. On pointera une lacune importante du rapport : l'absence de remise en cause des 35H00 et de proposition sur la durée du temps de travail. Or, on sait très bien que, pour qu'il y ait un choc de compétitivité et de confiance, il faut agir sur deux leviers : le temps de travail et les charges sociales.

4. Mais le plus grave, ce sont les suites que le gouvernement entend donner à ce rapport. Le plan Ayrault comprend en effet plusieurs lacunes :
4.1. Trop peu. Le plan Ayrault ne porte que sur 20 milliards. Le rapport propose 30 milliards, les chefs d'entreprises demandaient 60 milliards. A comparer aussi aux 10 Mds d'impôts supplémentaires pour les entreprises que prévoit le projet de loi de finances de 2013. Ajoutée à cela, la remise en cause de la TVA anti-délocalisation (13 Mds), les 20 Mds ne permettent même pas de rendre aux entreprises ce que le gouvernement leur a pris depuis 6 mois !

4.2. Trop tard. Le choc fiscal, anti-compétitivité a eu lieu ! L'économie française est à l'arrêt et les prévisions de croissance du gouvernement sont remises en cause par Bruxelles. Il faudra bien plus pour revenir sur la politique anti-entreprises menée par le gouvernement depuis mai dernier !

4.3. Trop compliqué. Il fallait un plan simple et puissant. On a découvert une "usine à gaz", un plan technocratique et illisible en France et depuis l'étranger.

4.4. Pas assez ciblé. Le plan du gouvernement ne vise pas les charges sociales comme on a pu le faire en Allemagne. Nous n'aurons aucune garantie que le crédit impôt sera utilisé pour l'investissement et l'innovation.

4.5. Trop long. Car il y a urgence, or les mesures Ayrault n'entreront que progressivement en application. A comparer avec la TVA anti-délocalisation qui se serait appliquée le 1er octobre, et c'était 13 Mds de moins pour les entreprises !

4.6. Dangereux. En particulier pour la restauration et le bâtiment qui vont voir leur taux de TVA passer de 7 à 10 %.

En conclusion : pas assez ciblé, simple, efficace et puissant, le plan Ayrault ne reprend qu'en apparence le rapport Gallois. Nous n'aurons malheureusement ni choc de compétitivité, ni choc de confiance.

Daniel Fasquelle,
Vice-Président de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article