Les contrats, la garantie de sécurité indispensable qui manquait aux agriculteurs !

Publié le par ump62

Tribune de Bruno Le Maire accordée à Terre-net Magazine

« Les contrats, la garantie de sécurité qui manquait aux agriculteurs »

15 mars 2011

  Face aux épreuves que traverse notre agriculture, j’ai souhaité tenir un langage de vérité. Il n’y a pas de doute à avoir : ce secteur est stratégique pour la France. Mais pour garder une agriculture forte, nous devons assurer aux producteurs un revenu stable et décent.

Il n’est pas acceptable que des milliers d’agriculteurs vendent leurs produits en dessous de leurs coûts de production. Il n’est pas acceptable que de nombreux éleveurs investissent des sommes considérables pour moderniser leur exploitation, sans savoir ce qu’ils vont toucher à la fin du mois.

Il n’est pas acceptable que les agriculteurs subissent des variations de cours de 50 ou 60 % en l’espace de quelques mois, comme ce fut le cas pour le lait, qui est passé de 400 € la tonne à moins de 260 € en 2009, ou pour le blé, dont le prix a doublé depuis cet été.

« Un instrument de protection indispensable »

Dire la vérité aux agriculteurs, c’est dire qu’il n’y a pas de meilleur moyen que les contrats écrits pour garantir la stabilité de leurs revenus et la sécurité de leurs investissements, notamment quand ils s’installent.

Dans le secteur des fruits et légumes, les contrats écrits sont en vigueur depuis le 1er mars 2011. Pour la filière laitière, l’entrée en application est fixée au 1er avril. Les contrats fixent les prix et les volumes pour une durée de cinq ans, ce qui assure aux producteurs une visibilité à long terme sur leurs revenus.

Dans un marché, avec des quotas administrés qui disparaîtront en 2015, les contrats écrits sont un instrument de protection indispensable pour les producteurs laitiers. Ce n’est pas un instrument miracle qui résoudra d’un coup tous les problèmes, mais c’est la garantie de sécurité qui manquait aux agriculteurs. La Commission européenne l’a reconnu.

Toutes les filières seront concernées par la contractualisation. Mais aujourd’hui, l’urgence va à la filière viande. J’ai demandé que les interprofessions se mettent rapidement d’accord sur des contrats types et sur des indicateurs de tendance de marché. En l’absence d’accord interprofessionnel, nous procéderons par décret car il y a urgence à stabiliser les revenus des éleveurs.

Avec la flambée du prix des céréales, le coût de l’alimentation animale a augmenté de 40 % en quelques mois : entre des prix de vente trop bas et des coûts de production trop hauts, les éleveurs sont asphyxiés. Je souhaite donc qu’entre la filière des céréales et celle de l’élevage, des contrats soient mis en place dès le mois de juin pour lisser les prix de l’alimentation animale et soulager les éleveurs.

« La bataille se joue aussi à l’international »

Pour que les contrats soient justes et efficaces, nous allons renforcer le poids des producteurs face à leurs acheteurs. Que pèse une poignée de producteurs face aux géants de l’industrie et de la grande distribution ? Sans doute bien trop peu pour avoir son mot dire. Les règles actuelles permettent déjà, aux producteurs, de se regrouper. Mais pas suffisamment.

Nous voulons que les organisations de producteurs puissent négocier sur un pied d’égalité avec l’aval de la filière. C’est le sens des travaux que nous avons lancés au niveau communautaire pour modifier le droit de la concurrence. Ces derniers permettront aux organisations de producteurs de gagner en poids et, donc, en pouvoir de négociation.

Mon combat, c’est le revenu des agriculteurs. Les contrats sont une solution efficace, mais pas la seule solution. La bataille se joue aussi au niveau international, en Europe et au G20, où nous continuons à défendre la régulation des marchés agricoles et la lutte contre la spéculation financière. C’est une bataille difficile, mais nous sommes bien déterminés à la gagner.

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