Defense nationale : lettre ouverte de François Fillon au Président de la République

Publié le par ump62

Lundi 18 mars 2013

 

Alors que François Hollande doit réunir vendredi un Conseil de défense, François Fillon lui a adressé une lettre ouverte publiée ce matin dans Le Figaro.

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Monsieur le Président,

 

La politique de défense de la France transcende les époques, les gouvernements, les majorités. Cette politique n'est pas semblable aux autres: nous parlons là de la sécurité de notre pays,  de son indépendance, de sa capacité  à peser sur les affaires du monde.

 

Je mesure le confort des États qui ont préféré renier leur défense plutôt que  de revoir leurs habitudes économiques  et sociales. Mais que serait la France sans grandeur? Un pays sans flamme et sans voix! Il y a de la grandeur à placer  ses forces armées au service du droit international. Il y a de la grandeur  à pouvoir intervenir en Afghanistan,  en Côte d'Ivoire, en Libye ou au Mali.  Il y a de l'honneur à pouvoir dire  «la France est maîtresse de sa sécurité».

 

En tant que chef de l'État, vous êtes le garant de cette ambition diplomatique  et militaire française qui traverse l'Histoire. Cette ambition nous distingue de la plupart de nos partenaires européens qui ont choisi de s'en remettre aux alliés américains pour assurer leur sécurité et choisi de ne pas se doter des capacités militaires pour intervenir dans le monde. C'est leur choix. Sera-t-il le vôtre?

 

Je ne mets pas en doute votre intention d'assumer les responsabilités politiques et militaires de notre nation. Au Mali, vous avez ressenti toute la fierté d'avoir pu sauver un peuple de la tyrannie intégriste, et par là même, d'avoir pu sécuriser la France. Vous avez décidé d'agir, et en 24 heures, nos armées ont agi! Elles ont pu le faire parce que depuis des décennies les gouvernements travaillent  à la professionnalisation des forces,  depuis des décennies nous protégeons  et sollicitons nos industries de défense, depuis des décennies nos militaires s'entraînent pour être opérationnels.

 

Si vous n'oubliez pas les acclamations  de Bamako, vous n'oublierez pas que tout cela fut possible parce que la France  a toujours fait l'effort de privilégier ses armées. Le dévouement et la maîtrise exceptionnels de nos soldats ne peuvent pas tout. Sachez-le, ils font le maximum avec le minimum requis pour de telles opérations. Dans bien des secteurs, nos forces sont à la limite de la rupture, et ceux qui prétendent que l'on peut sans risque réduire leurs moyens ne sont pas au front.

 

J'ai une assez longue expérience des questions militaires. Je n'ai jamais accepté que la question financière dicte seule la réponse stratégique qu'exigent les menaces qui pèsent sur nous. Mais cette réponse doit être crédible, ce qui impose un niveau et une structure des forces militaires et industrielles adéquats. Et cette contrainte ne milite pas pour une baisse drastique  des moyens de la défense. Depuis trente ans, les budgets ont été divisés par deux  et les moyens avec.

 

La fin de la guerre froide justifiait  ces évolutions, mais les menaces se sont métamorphosées et dispersées. Notre assurance nucléaire reste pertinente à l'heure de la dissémination nucléaire ; nos forces de projection sont plus que jamais sollicitées ; la guerre technologique  et de renseignement nous impose de rester en pointe sur le plan scientifique et technologique ; notre volonté d'assumer notre autonomie industrielle et de garantir notre résilience face aux circonstances nous interdit de mettre à l'arrêt nos fleurons industriels et nos bureaux d'étude, car une fois arrêtées les équipes se disloquent, leur savoir se perd et leur recomposition devient pratiquement impossible.

 

Ce qui est en jeu, ce sont les «programmes à effets majeurs» qui doivent faire l'objet de commandes très  en amont. Ce sont elles qui déterminent  le niveau de nos équipements au-delà  de 2020, et donc notre statut militaire  en même temps que la capacité de notre industrie à rester performante. Quant à la volonté française de doter un jour l'Europe d'une capacité collective de défense,  elle n'a aucune chance de survivre  si nous abaissions nos prétentions militaires au niveau de nos partenaires.

 

Est-ce à dire qu'il n'existe aucune marge de manœuvre? Sans doute pas. Des choix peuvent être faits et ils doivent être clairement explicités à nos armées et aux Français car rien n'est pire qu'une politique de défense qui prétend tout faire sans en avoir les moyens. Des réorganisations territoriales et logistiques peuvent encore permettre de rationaliser les dépenses. Des collaborations européennes peuvent être accélérées pour mutualiser les efforts… Mais soyons lucides, notre politique de défense a un coût et en deçà d'un certain plancher c'est tout l'outil militaire et industriel de la France qui est menacé  de déclin. Ne pas accepter une croissance même limitée de notre effort d'équipement, c'est certainement condamner notre armée à des ruptures capacitaires et à terme à devenir tributaire d'un protecteur non européen.

 

Monsieur le Président, vous devez instamment réduire les déficits. Il vous faut choisir, mais prenez garde, notre défense n'est pas une variable d'ajustement comme les autres. Elle est une priorité nationale dont la légitimité et l'efficacité dépassent l'actualité immédiate et les humeurs de l'opinion: «Il faut choisir», vous dit-on.  À mon sens, mieux vaut sacrifier ses promesses de campagne que sacrifier notre défense. Cela s'appelle l'intérêt national.

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