A gauche, ils ne sont d’accord sur rien !

Publié le par ump62

Le projet socialiste pour 2012 a été critiqué à gauche

 

C’est le cas au sein même du PS (on pense à Pierre Moscovici, député PS du Doubs, qui a annoncé « ce ne sera pas le projet du candidat », à Arnaud Montebourg, député PS de Saône et Loire et candidat aux primaires, qui affirme que ce projet « aurait été le bon pour 2007 » ou Jérôme Cahuzac qui parle de mesures « datées »…) mais aussi chez ses alliés, les Verts ou le Front de gauche. Ces critiques sont autant de points de divergence qui montrent l’incompatibilité entre des pans entiers des projets socialiste, vert ou communiste… Comment pourront-ils essayer de nous faire croire à la fable de l’unité à gauche ?

1/ L’économie.

  • Croissance. Dans son programme, le PS s’inscrit clairement dans une perspective de croissance. Il prévoit qu’elle passera entre 2012 et 2017 de 1,5 % à 2,5 % du PIB. Ses partenaires ne sont pas sur la même ligne. Les Verts prônent une décroissance sélective, à la baisse dans les secteurs polluants et à la hausse dans les secteurs écologiques. Le Parti de gauche hésite : Jean-Luc Mélenchon admet la pertinence de la réflexion sur la décroissance même s’il ne reprend pas le concept à son compte.

  • Régulation financière. Le PS prône une surtaxe de 15 % de l’impôt sur les sociétés des banques, la séparation des activités de dépôt et des activités financières, une taxe Tobin européenne et la lutte contre les paradis fiscaux. Les positions des Verts sont similaires. Par contre, le Parti de gauche prend des positions plus radicales : nationalisation sans indemnisation des établissements financiers défaillants, nationalisation de la BNP et de la Société Générale, encadrement très strict du reste du secteur bancaire (séparation des activités de dépôt et d’investissement, levée du secret bancaire, interdiction des engagements hors bilan). Il propose aussi la sortie de l’OMC et du FMI, ce que ni les Verts ni le PS ne suggèrent !

  • Fiscalité. L’ISF ne fait pas consensus à gauche. La position officielle du PS va au maintien de l’ISF. Mais Manuel Valls ou Vincent Peillon, ont suggéré son abrogation tandis que François Hollande souhaite le maintenir tout en le rendant déductible de l’impôt sur les successions. Au contraire Les verts souhaitent l’étendre aux biens professionnels et aux œuvres d’art. Les communistes veulent relever les plafonds d’imposition. Le Parti de gauche va plus loin, avec sa proposition de taxer à 100 % les revenus au-delà de 332 000 euros par an.

2/ Le social.

  • Encadrement des rémunérations. L’idée d’une limitation des salaires à 20 fois le SMIC semble faire consensus à gauche. Mais les positions divergent sur son application. Pour le PS, cette mesure ne s’applique que dans les entreprises dont l’Etat possède une fraction du capital. Du côté du Parti de gauche et des Verts, le salaire maximum s’applique aussi aux entreprises privées. Pour Jean-Luc Mélenchon, il se double d’un revenu annuel maximal, incluant toutes les rémunérations, ne pouvant être supérieur à 332 000 €. Concernant les stock-options enfin, le Parti de gauche propose de les supprimer, le PS de les réserver aux entreprises naissantes.

  • Retraites. Le PS se prononce pour le retour de la retraite à 60 ans, financé par la taxation du capital, une hausse des cotisations et éventuellement l’allongement de la durée de cotisation. Mais son aile droite ne partage pas cette position : Manuel Valls s’est prononcé pour la retraite à 65 ans et Dominique Strauss-Kahn a jugé inéluctable le recul de l’âge de départ. De leur côté, les écologistes veulent revenir aux 60 ans et diminuer la durée de cotisation. Le Front de gauche est sur la même ligne : retour aux 60 ans, aux 37,5 annuités de cotisation, au calcul des pensions sur les dix meilleures années. Ils estiment à juste titre que le projet socialiste n’est pas clair sur les 60 ans : la liquidation se fait-elle à taux plein quelle que soit la durée de cotisation ? Le PS préserve soigneusement l’ambiguïté.

  • Temps de travail. Le PS s’engage à revenir aux 35 heures pures et dures, en abrogeant tous les assouplissements mis en place depuis 2002 (défiscalisation des heures supplémentaires, extension du forfait jour, travail le dimanche). Au sein du PS, il faut se remémorer la réserve de DSK sur les modalités de mise en œuvre des 35 heures ou, plus récemment, la proposition de Manuel Valls d’allonger la durée légale du travail (travailler deux ou trois heures de plus, hors heures supplémentaires). Les Verts sont favorables dans un premier temps au retour strict aux 35 heures. Ils veulent aller au-delà dans un second temps, par la diminution du temps de travail à 32 heures. Le Parti de gauche, dans le même esprit, propose la semaine de 4 jours et la journée de 8 heures maximum.

3/ L’écologie.

  • Nucléaire. Dans le contexte créé par Fukushima, le PS est divisé. Le programme du PS insiste sur le rééquilibrage du mix-énergétique : moins de nucléaire, plus d’énergies renouvelables. Mais ce compromis est fragile. L’aile écologiste du parti prône une sortie du nucléaire (Aurélie Filippetti, députée PS de Moselle). Martine Aubry s’est prononcée pour la même orientation. En 2007, Ségolène Royal voulait ramener la part de l’électricité nucléaire de 80% à 50%. A l’inverse, des personnalités comme François Hollande, Jean-Pierre Chevènement, Dominique Strauss-Kahn ou Arnaud Montebourg sont de longue date favorables au nucléaire. Du côté des partenaires du PS, les positions sont claires : sortie immédiate du nucléaire pour les Verts (référendum), sortie planifiée d’ici 2040 pour le Parti de gauche.

  • OGM. Les OGM ne sont pas évoqués dans le projet du PS. Mais le PS campe sur le principe de précaution. Il n’est pas défavorable par principe aux OGM mais refuse leur culture en plein champ. Il plaide pour que la recherche permette d’identifier les applications possibles des OGM en matière de santé et d’environnement, avant toute initiative en matière agricole. Le Parti de gauche va plus loin : il prône un moratoire européen et le blocage des importations de produits contenant des OGM. Les Verts sont sans surprise sur une position d’opposition totale aux OGM, y compris les cultures en laboratoire (cf. José Bové qui a rejoint Europe écologie les verts).

4/ Les questions de société.

  • Europe. Le PS fait le choix d’un renforcement de l’intégration européenne : véritable gouvernance économique, y compris en coordonnant mieux les budgets nationaux, augmentation du budget européen, renforcement du couple franco-allemand, armée européenne, convergence de l’impôt sur les sociétés pour éviter le dumping fiscal, SMIC européen, harmonisation par le haut des politiques sociales. Les Verts vont dans le même sens, assumant une véritable Europe fédérale, avec de nouveaux abandons de souveraineté. Du côté du PCF et du Parti de gauche, la ligne est claire : sortie du traité de Lisbonne, rétablissement de la souveraineté en matière de monnaie, protectionnisme et abrogation des règles de concurrence.

  • Sécurité. Le PS est divisé entre les partisans de la fermeté (Manuel Valls, Jean-Jacques Urvoas, François Rebsamen, Julien Dray) et l’aile gauche du parti qui privilégie la prévention. Le projet du PS fait la part belle à cette seconde approche, en abrogeant les peines planchers et la rétention de sûreté, en proposant une nouvelle police de proximité, en privilégiant les alternatives à la prison, en confortant la justice des mineurs. Les Verts et le Parti de gauche s’inscrivent dans une perspective encore plus angélique : moins de contrôles, de répression, de prisons, plus de social et d’éducation dans le travail des forces de l’ordre. En matière de drogue, les Verts prônent la légalisation du cannabis et la dépénalisation des autres drogues. Ils sont suivis, concernant le premier volet, par une frange du PS (Malek Boutih, Daniel Vaillant, le MJS). Manuel Valls s’y oppose (« Légaliser le cannabis serait un terrible signe adressé à la société »).

  • Immigration. Malgré l’affirmation de la nécessité de maitriser l’immigration illégale, le PS annonce la suppression de tous les outils de contrôle des flux que nous avons mis en place et l’établissement d’un cadre de régularisation des clandestins. Les Verts sont partisans de la totale liberté de circulation, le Parti de gauche du droit à la naturalisation. Tous deux sont favorables à la régularisation immédiate de tous les clandestins. Ce clivage apparait également concernant la question du vote des étrangers. Le PS le circonscrit aux élections locales, pour ceux présents depuis cinq ans sur le territoire. Ses partenaires l’attribuent sans conditions, l’étendant même – pour les Verts - aux élections nationales.

  • Education. Le PS ne revient pas sur l’autonomie des universités. Il admet même qu’elle permet un meilleur pilotage de ces établissements. Les partenaires du PS sont sur une ligne plus radicale : le Parti de gauche veut abroger la loi LRU et réengager l’Etat dans le pilotage et le financement des universités.
    Concernant l’enseignement scolaire, peu de différences sont à noter, sauf en matière d’autonomie des établissements (ouverture du PS, fermeture du Front de gauche) et de subventions aux écoles privées (que le Front de gauche veut supprimer).
    Concernant la jeunesse, les Verts et le Front de gauche sont favorables à une allocation d’autonomie, comme le MJS et l’UNEF. Le PS a repris cette proposition sous une forme réduite – allocation d’étude sous conditions de ressources – en raison de critiques émanant de son propre camp (François Hollande, Jean-Pierre Chevènement, Pierre Moscovici).
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